L’équipe américaine Argo Racing a officialisé mi-avril le lancement à horizon 2029 d’un trimaran de taille Ultim (32 mètres de long sur 23 de large), dont la conception a été confiée à VPLP Design. Architecte associé, Quentin Lucet en dit plus sur cet ambitieux projet.

Comment ce projet s’est-il noué avec l’équipe Argo ?
Cela fait quelques années que nous avons une relation de travail avec Argo, puisque nous les avons accompagnés sur le développement du MOD 70, nous avons travaillé sur des évolutions de foils, de safrans, ce qui nous a permis d’apprendre à se connaître, ils ont également pu se familiariser avec nos outils. Je pense qu’ils avaient en tête depuis un bout de temps de passer à l’étape supérieure, à savoir à un bateau plus grand, ce projet s’est construit au fur et à mesure, sur une période d’environ un an et demi. Nous avons commencé à faire des concepts préliminaires, à échanger avec eux sur leur cahier des charges et quand ils ont estimé que c’était le bon moment de véritablement se lancer, nous avions déjà fait quelques boucles de conception. Ce qui nous a permis d’être en capacité de présenter un projet solide à Jason Carroll (le propriétaire) et son équipe et d’entrer dans le vif du sujet quand ils ont donné leur go. C’est évidemment une grosse satisfaction pour nous, parce que ce genre de projet, de par sa dimension, n’arrive pas très souvent dans un parcours d’architecte.
Comment allez-vous travailler ?
Du côté de VPLP, nous sommes 6-7 personnes mobilisées à fond sur le projet, sachant que nous avions bien identifié que nous avions un an de conception, avant de délivrer les plans au chantier Multiplast, la construction étant programmée sur deux ans. A côté, nous discutons avec Chad [Corning, qui dirige l’équipe Argo, NDLR] pour constituer la meilleure équipe afin de concevoir le bateau le plus rapide du monde. L’objectif est de s’entourer de spécialistes qui, dans leurs domaines respectifs, sont au top du sport, issus par exemple de la Coupe de l’America, et d’aller un petit cran au-dessus de ce qu’on a pu faire dans notre univers français. Le mélange des cultures est d’ailleurs un des atouts de ce projet, avec un fonctionnement collégial, un team spirit, une façon de se faire confiance les uns les autres, qui, j’en suis sûr, va nous permettre de faire le meilleur bateau possible.
D’un point de vue architectural, dans quelle direction travaillez-vous ?
Ce qui est particulièrement intéressant dans ce projet, c’est que comme ce n’est pas un bateau qui doit respecter tous les critères de la classe Ultim [car programmé avant tout pour des records, NDLR], ça permet d’ouvrir le champ des possibles, notamment sur des notions d’aéro ou de configurations de plateformes un peu différentes. C’est passionnant d’avoir cette possibilité de balayer des concepts assez larges et d’avoir ce degré de liberté en plus par rapport aux contraintes de la classe Ultim.
Qu’est-ce que cela change concrètement ?
Tous les Ultim que nous avons dessinés jusque-là étaient principalement faits pour du solitaire ou du double. Là, on sait qu’en permanence, il y aura un équipage de six ou sept équipiers à bord, donc le côté un peu autorégulant que l’on vise pour du solo ou du double, on va moins aller le chercher pour un bateau d’équipage. Ce qui va nous permettre d’être un peu plus extrêmes dans les choix que nous allons faire, ou en tout cas, d’aller explorer des pistes que nous n’aurions pas forcément creusées pour un Ultim « pur ».
Ce bateau s’inscrira dans une deuxième ère des Ultim réellement volants, quelles sont justement les marges de progression par rapport à la première génération ?
Sur un bateau comme Macif quand il est sorti (août 2015), les foils pouvaient porter de l’ordre de 30 % du déplacement, nous étions alors vraiment en mode skimming. Depuis, nous avons franchi un cap important avec la génération suivante (2017-2021) et des trimarans qui volent en permanence, mais qui, dans certains états de mer, vont être amenés à se poser ou à se servir de la flottabilité archimédienne pour se relancer. Sur la nouvelle génération, l’approche diffère, dans le sens où l’objectif, c’est de voler tout le temps. C’est vraiment dans ce sens que s’inscrit notre démarche de conception.