Très présent sur le marché du catamaran de voyage, notamment au travers des gammes Lagoon et Outremer, VPLP Design est très attentif aux nouvelles pratiques de la grande croisière. Le public évolue, avec des attentes différentes auxquelles doivent répondre les designers, comme l’expliquent Katia Merle, ingénieure structure et architecte au sein de l’agence depuis 2019, et Mathias Maurios, architecte associé de VPLP.
Volume, navigation à plat, stabilité de route, confort, faible tirant d’eau, bonnes vitesses moyennes, le catamaran de croisière a depuis longtemps « retenu l’attention de nombreux tourdumondistes », selon Mathias Maurios. D’où l’attention particulière portée à leur design par les architectes, en particulier ceux de VPLP Design, historiquement présents sur ce marché. Un marché qui, depuis quelques années, a tendance à évoluer, avec un changement de paradigme au niveau de la clientèle des catamarans de grande croisière.
« Avant, les gens attendaient souvent la retraite et la vente de leur maison pour se lancer dans un tel voyage, confirme le responsable du pôle Plaisance de VPLP. Ils avaient généralement possédé un ou deux bateaux au préalable, étaient montés en compétence jusqu’à se sentir autonomes. Il y avait un côté grand saut, pas de retour possible. Aujourd’hui, le public est sensiblement plus jeune, moins voileux pur et dur. Il s’agit souvent de gens en activité qui s’offrent une parenthèse ou continuent de travailler depuis le bord. »
A savoir des « breakers« , pour lesquels la facilité des communications par satellite garantit à moindres frais de conserver le lien avec la terre beaucoup plus facilement. « Cela concerne non seulementle travail, mais aussi l’école, qui était il y a encore dix ans une grosse contrainte, remarque Katia Merle. Partir en voilier aujourd’hui est beaucoup moins engageant en termes d’isolement qu’autrefois. »
Un design qui s’adapte
En termes d’architecture, ces évolutions ont forcément des répercussions : « Dans les cahiers des charges des chantiers, qualités marines, autonomie, facilité et confort sont les maîtres mots« , confirme Mathias Maurios. Pour quelle traduction concrète dans l’architecture des catamarans ? « Les contraintes d’énergie sont prises en compte dès la conception, avec notamment l’intégration des panneaux solaires et la multiplication des sources d’énergie, répond l’architecte. Les volumes arrière permettent de loger plus de matériel et de plus grandes annexes motorisées. »
Et Mathias Maurios d’ajouter : « Les gréements sont aussi plus simples à utiliser, avec des grand-voiles à corne plus allongées mais réduites comparativement aux voiles de portant. On abaisse les winches pour que tourner les manivelles ne soit pas le domaine réservé des grands gabarits, on installe la climatisation qui était du domaine des yachts il y a encore quinze ans. Et dans la trame d’aménagement, une version propriétaire existe nécessairement avec une cabine transformable en bureau ou en atelier. »
Le bateau n’étant plus un but mais un moyen, l’accent est mis aussi sur la porosité des aménagements intérieurs avec l’extérieur, la vie de plain-pied. « Je cuisine en bas, tu fais marcher le bateau en haut, c’est fini ! sourit Katia Merle. Les nouveaux profils de voyageurs sont moins dans l’acceptation de l’inconfort. À une époque, la débrouille faisait partie du jeu en voyage, aujourd’hui, les gens veulent se faire plaisir. Les capacités d’emport ont aussi beaucoup augmenté, le cata est une plateforme d’exploration et les familles multiplient les « jouets » à bord pour goûter aux joies de la glisse au mouillage. »
« On sent revenir un besoin d’authenticité, de déconnexion et d’expérience de vie hors norme, ajoute Mathias Maurios. Ceux qui partent trois ans passent le canal de Panama et font le tour complet. Même par les alizés, ça suppose de grandes traversées et des escales épargnées par le tourisme global. » Une quête qui nécessite encore aujourd’hui un fort niveau d’autonomie, aussi bien dans la gestion des ressources que dans la capacité à mener le bateau dans des conditions exigeantes et à gérer son entretien.
Pour un public plus nombreux, simplicité et sobriété restent donc des atouts essentiels, gage de tranquillité et d’esprit de liberté, qui priment sur la tentation d’essayer de retrouver à bord tout le confort terrestre. Face à une offre aujourd’hui assez étoffée, la différenciation pour les constructeurs peut aussi se faire en proposant un voilier léger, marin, autonome en énergie dans les phases de vie à bord, qui ouvre la voie à un tel programme. Les nouveaux profils de tourdumondiste n’hésitent plus, enfin, à se faire accompagner dans des domaines aussi variés que la motorisation, le médical, l’électricité ou la sécurité. A l’écoute de ces nouvelles demandes, les constructeurs proposent de plus en plus un éventail de formations, services, voire navigations en flottille, de quoi s’offrir le monde en toute sérénité.