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Lagoon et VPLP Design :
une collaboration de 40 ans

Depuis quarante ans, le chantier Lagoon s’est imposé comme l’incarnation même du catamaran de croisière. Depuis la mise à l’eau du premier modèle, le Lagoon 55, plus de 7 000 unités, réparties sur quasiment 40 modèles, ont été commercialisées à travers le monde. Marc Van Peteghem, architecte fondateur de VPLP Design, et Mathias Maurios, architecte naval associé, en charge du pôle plaisance, reviennent sur quarante années d’une riche histoire.

 

La conception du premier Lagoon 55 date de 1984 pour une première mise à l’eau trois ans plus tard. Quel est, à cette époque, le marché du catamaran de croisière ?

Marc Van Peteghem : Il n’y a pas de marché ! Les voileux ne considèrent pas vraiment le catamaran comme un bateau. Je veux rendre ici hommage aux premiers clients des Lagoon 55, convaincus que le multicoque était l’engin de croisière idéal, mais conscients aussi du conformisme ambiant de l’époque. Pour s’imposer, il a fallu faire ressembler ce catamaran à un monocoque, dessiner un objet racé. En fait, le Lagoon 55, c’est une silhouette ! Cette élégance avait pour revers une hauteur sous barrots réduite et une garde à la mer un peu limite, défauts qui ont été partiellement gommés sur le Lagoon 57.

 

Au départ, les premiers projets sont conçus comme des projets uniques. Comment la production en série s’est-elle mise en place ?

Marc Van Peteghem : Le succès de cette belle aventure est une histoire de vision et de passionnés. Les premiers Lagoon ont été construits à l’unité par l’atelier de haute technologie Jeanneau Techniques Avancées, sous la houlette de Jean-François de Prémorel. La construction en série s’est ensuite progressivement mise en place avec les commandes suivantes. Bruno Belmont à, notamment, accompagné le développement de la marque dès le deuxième projet et a depuis participé à la conception de chaque modèle. A la suite du rachat de Jeanneau par Bénéteau, les Lagoons ont été placés dans le giron du chantier CNB dirigé par Dieter Gust qui a compris et accompagné l’avènement du phénomène multicoque jusqu’au niveau de production industrielle que l’on connaît aujourd’hui.

 

Dès la deuxième génération de Lagoon, en 1997, vous innovez avec les hublots de rouf verticaux. C’était quand même gonflé, non ?

Marc Van Peteghem : On a tout entendu là-dessus, mais voir le concept se généraliser quelques années plus tard a été la meilleure des reconnaissances. La reprise du chantier par Bénéteau a été l’occasion de repenser complètement la gamme et François Chalain (*), qui souhaitait pousser la marque, nous a orientés vers cette solution. C’était une réponse architecturale évidente au problème d’effet de serre des roufs fuyants. Ça permettait aussi de gagner en volume habitable et en surface de pont. C’était une évidence, mais il fallait oser et avoir les coudées franches du chantier !

 

Les Lagoon ont souvent été précurseurs sur l’architecture (fond de nacelle en aile de mouette, recul des gréements, flybridge…), ils ont aussi imposé un style. Quel est l’apport dans ce domaine de Patrick le Quément ?

Mathias Maurios : Patrick est arrivé sur la quatrième génération, pour le Lagoon 39 en 2013. C’est un grand monsieur du design automobile et il nous a appris ce qu’était une courbe ! Son premier travail a été de sculpter l’étrave à la liaison coque-pont, pour donner ce côté diamanté. Il est intervenu à dose homéopathique au début puis nous a poussés plus loin. Aujourd’hui, les Lagoon ont un design très sculpté. Patrick continue à collaborer et coache également nos propres designers.

Marc Van Peteghem : Il nous a aussi guidés vers de nouveaux logiciels, comme Alias. Refaire l’histoire de Lagoon, c’est parcourir celle des techniques de l’architecture navale, l’évolution des outils. Du plan papier qui se déforme au tout numérique d’aujourd’hui. Avec, ça et là, de belles rencontres.

Aujourd’hui, comment s’intègre le nouveau Lagoon 60, dévoilé le 6 mars à Bordeaux, dans la gamme du chantier ?

Mathias Maurios : C’est le trait d’union entre les Lagoon et les Lagoon Yachts, un catamaran complètement ouvert sur la mer. De l’arrière ou de l’avant, la perspective est totale, tu ne perds jamais l’horizon des yeux, grâce notamment aux vitrages très bien intégrés. Ce que l’on appelle le « In and Out », notion essentielle sur ces bateaux destinés à la vie au soleil, est très réussi. Nous avons passé plus de 5 000 heures de conception sur ce Lagoon 60, entre architecture, structure, style et modelage numérique. Tout a été dessiné dans les moindres détails et ça se ressent à bord en termes d’intégration et de qualité perçue. L’effet waouh fonctionne !

« Il faut rendre le cata plus accessible »

 

Que reste-t-il à inventer sur les catamarans de croisière ?

Mathias Maurios : Je pense que la prochaine grande étape, c’est la simplification du maniement du plan de voilure. Les plateformes sont extraordinaires à vivre, mais il faut encore faciliter l’accès de ces bateaux.

Marc Van Peteghem : Oui, on peut penser ce qu’on veut de l’évolution des catamarans, mais se balader sur ta petite maison au fil de l’eau poussé par le vent, c’est une jolie promesse. Les fins voileux tireront toujours sur des ficelles, mais les autres sont-ils condamnés à faire du moteur ? En tenant compte des usages et du niveau des gens, il faut rendre le cata plus accessible. Il y a plein de voies : les ailes, la propulsion électrique pour faire du “motor sailing”, augmenter la plage d’utilisation dans les petits airs…

Mathias Maurios : Lagoon et VPLP ont eu la chance de partager une grande complicité et d’évoluer en simultané. Cela nous montre la voie pour continuer à innover ensemble en nous renouvelant continuellement.

 

Sur quel Lagoon aimeriez-vous naviguer en croisière l’été prochain ?

Marc Van Peteghem : Un 55 (19 ont été construits !) et le 42 qui n’est pas pour rien le best-seller. Un catamaran relativement léger, facile et hyper cohérent. Plus de mille unités ont été produites !

Mathias Maurios : Un Lagoon 60, parce que c’est un bon résumé de ce qu’on sait faire aujourd’hui. On a mis énormément d’énergie dans ce bateau et il me tarde de voir ce qu’il va donner sur l’eau.

(*) Initiateur de la gamme First de Bénéteau en 1977, François Chalain a contribué à façonner pendant trente ans tous les concepts de voiliers lancés par le groupe Bénéteau.