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L'imoca Charal, un plan VPLP
© Gauthier Lebec/Charal

D’un Vendée Globe à l’autre, un nouveau monde

Le Vendée Globe est un rendez-vous particulier pour VPLP Design, dont les dessins ont remporté – en association avec Guillaume Verdier – les deux derniers tours du monde en solitaire. A la veille du départ de la dixième édition, ce 8 novembre, Quentin Lucet et Vincent Lauriot-Prévost font le point sur les changements et les innovations intervenus depuis 4 ans dans le design des Imoca – une éternité, ou presque à l’échelle de cette course mythique.

L’arrivée de la concurrence architecturale

Lors du Vendée Globe précédent, 6 des 7 bateaux neufs construits spécialement pour cette édition étaient issus de la collaboration entre VPLP Design et Guillaume Verdier. Sur la ligne de départ le 8 novembre, les 8 bateaux neufs de la génération 2020 se répartissent entre 4 architectes : VPLP Design (3), Juan Kouyoumdjian (2), Guillaume Verdier (2), Sam Manuard (1). Et ça change tout : « Le challenge prend une dimension différente, résume Vincent Lauriot-Prévost : avant, il fallait faire du mieux qu’on pouvait, cette année il faut faire mieux que les autres. Les choix que nous avons faits peuvent être remis en question, c’est excitant, mais moins confortable ! »

Des choix plus affirmés

Conséquence : les archis ont dû mouiller leur chemise ! « Nous ne savions pas ce que faisaient les autres équipes quand nous avons commencé à travailler sur Charal et sur HUGO BOSS, rappelle Vincent Lauriot-Prévost, il a donc fallu prendre des risques. Sinon l’écueil était de faire un bateau moyen, et ça on ne pouvait pas se le permettre. » D’où un changement d’approche radical en termes de design : « On a assumé nos choix, complète Quentin Lucet. Les générations 2008 et 2012 incarnaient la quête de la puissance et de la légèreté, celle des foilers de 2016 se voulait un compromis, avec des bateaux à foils capables de revenir aux dérives si les foils ne fonctionnaient pas. Pour 2020, nous avons proposé des carènes qui ne fonctionnent qu’avec leurs foils. » Autrement dit, la quête de la diminution de la traînée a remplacé celle de la puissance. « On n’a pas été timides et ça tombait bien, c’était le cahier des charges des équipes de Jérémie Beyou et d’Alex Thomson. »

Une nouvelle relation avec les équipes

Avec trois projets en portefeuille – CharalHUGO BOSS et DMG Mori, sistership de Charal – VPLP Design a pu concentrer ses efforts sur ce cycle de Vendée Globe. « Avec moitié moins de bateaux au départ cette année, on a pu mettre en place un accompagnement beaucoup plus privilégié, confirme Quentin Lucet. Le niveau d’échange est meilleur, le climat de confiance aussi, on navigue plus souvent avec eux… Quelques jours avant le convoyage pour Les Sables, on était encore à bord de Charal. Ça permet une continuité qui est très riche. » Adrien Letourneur, l’ingénieur de VPLP Design en charge de la performance sur le projet de Jérémie Beyou « était quasiment à plein temps chez Charal, souligne Vincent Lauriot-Prévost. Ce qui arrivait très rarement avant. »

Un niveau technique et des performances toujours plus élevés

Ce nouveau mode d’échange avec les teams est d’autant plus nécessaire que les bateaux le réclament. « Les équipes sont plus exigeantes et leurs bureaux d’études s’étoffent, raconte Quentin Lucet. Entre 2005 et 2016 le temps consacré à la conception architecturale et à la structure a été multiplié par 5. Et pour ce Vendée Globe 2020, il a encore augmenté de 50 % ! Quant aux études, elles ont doublé de durée : 6 mois contre 3 lors du cycle précédent. » Bilan : le saut de performance s’annonce supérieur aux habituels progrès entre chaque cycle de Vendée Globe. « On a changé de mode, lâche Vincent Lauriot-Prévost. Par rapport aux foils de la génération 2020, ceux de 2016 sont de petites jambettes ! » Quentin Lucet chiffre ainsi les gains de performance des nouveaux foilers entre 70 et 100° du vent réel « entre 20 et 30 % par rapport à leurs prédécesseurs« .

De nouveaux outils très puissants

Chaque cycle de Vendée Globe voit le développement de nouveaux outils : « Ça ne fait qu’évoluer depuis 12 ans, rappelle Vincent Lauriot-Prévost, la nouveauté, pour VPLP Design, c’est qu’on les développe désormais en interne, avec le support de Gurit pour le calcul de structure. Dans la même pièce, on a tous les spécialistes, ça nous permet une réactivité et une agilité beaucoup plus importante. » Désormais dotée de son propre simulateurSYD, mais aussi de VPP (programme de prédiction de vitesse) très précis et de capacités de calcul renforcées, l’agence peut aller loin dans les détails. « On est capable aujourd’hui d’étudier beaucoup plus précisément le fonctionnement d’un foil, car on sait calculer sa déformation, son twist, et les modifications du profil qui vont avec », explique Quentin Lucet. Même chose pour les optimisations des bateaux existants : « Grâce au simulateur, on a une notion beaucoup plus claire du fonctionnement des améliorations que l’on propose. Les gains de performance et les comportements dynamiques sont nettement mieux quantifiés qu’avant. » MACSF (ex Safran, ex Queguiner) et SeaExplorer Yacht Club de Monaco (ex Edmond de Rothschild), qui ont fait l’objet d’optimisations importantes – en particulier de nouveaux foils – en ont directement bénéficié.

Le rôle des skippers reste prépondérant

Les progrès continus des machines n’empêchent pas le rôle joué par le skipper de rester un paramètre essentiel dans la performance, sur ce Vendée Globe peut-être encore plus qu’avant : « La course va mettre en évidence la capacité des marins à exploiter leurs bateaux, pronostique Vincent Lauriot-Prévost. Il y a énormément de paramètres à maîtriser pour parvenir au bon compromis en termes de réglages et de performance, on arrive à une telle complexité que la prime au temps passé à naviguer en amont de la course va être encore plus importante qu’avant. » Quel va être ce pourcentage d’exploitation des bateaux, de plus en plus durs à vivre ? « Je pense qu’ils vont se rapprocher de 100 %, risque Vincent Lauriot-Prévost, car les pilotes sont bien meilleurs qu’avant.«  Quentin Lucet parie sur 2 à 4 jours de mieux que le temps réalisé par Armel Le Cléac’h en 2016-2017 (74 jours 3 heures 35 minutes et 46 secondes). « Les VPP donnent un temps de course de 65 à 70 jours à 100 % de la polaire, rappelle-t-il. Mais on est toujours plus surpris par les performances des skippers dans le monde réel que par nos simulations ! »

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